Après les avoir aimé dans mon enfance, après les avoir racontés à mon tour à mes enfants, j’éprouve toujours autant de plaisir à vous les raconter mais cette fois à travers mon travail d’artiste.
Les contes me fascinent par le fait qu’ils soient toujours d’actualité ; par leur contenu mais aussi par l’intérêt et le plaisir qu’ils suscitent.
J’aime par-dessus tout traiter, grâce à eux, de gestes anodins du quotidien auxquels nous prêtons rarement attention. Gestes que l’on considère souvent comme corvées : ces tâches ménagères rarement considérées comme passionnantes, valorisantes ou glorieuses !
Alors que ces mêmes gestes sont porteurs, de sens de vie et même d’âme si l’on veut bien les exécuter avec présence, conscience. Trier, laver, nettoyer, apprêter la nourriture, ouvrir une porte avec une clef… sont des gestes porteurs d’une puissante symbolique qui, si on le désire, deviennent des gestes transformateurs et donc magiques exactement comme dans les contes !
Avec cette même conscience : le travail qui se fait à l’extérieur s’opère également sur un autre plan à l’intérieur.
Réaliser (l’artiste), ou se laisser toucher (le public) par cette main qui ouvre une porte interdite en ouvre une également à l’intérieur de notre psyché. Et si cette œuvre (ou tel geste) nous touche plus q’une autre, c’est qu’elle nous interpelle, qu’il y résonance…
Les temps modernes ont voulu reléguer les contes au monde de l’enfance.
Il aura fallut une approche psychologique pour remettre à jour les puissantes clefs, les pistes ; la magie qu’ils transmettent pour mener chacun au plus profond de soi. C.G. Jung a reconnu qu’ils donnent accès à ce que notre monde voulait occulter ; permettre d’aller au-delà des idées réductrices de la logique : la magie des contes fait appel à un Savoir universel ; au Soi primitif. Le conte nous invite à ne pas nous enfermer, nous limiter par la logique mais au contraire, à nous ouvrir à des possibilités de transformation beaucoup plus vastes : à faire appel à tellement plus puissant que ce que peut nous apporter notre rationalité, ou notre volonté, pour opérer des changements majeurs dans notre vie.
Oui, la puissance sauvage et vraie de la Sorcière existe le conte est là pour nous révéler l’existence d’un monde invisible dépassant nos facultés de perceptions et même d’entendement.
Le conte doit se laisser approcher avec la simplicité de l’enfance mais également avec le respect dû à un enseignement initiatique. Sous une forme symbolique, il nous ouvre des espaces insoupçonnés répondant à un besoin profond de l’être humain, lui dévoilant l’itinéraire à suivre de son propre voyage intérieur.
Les contes, mythes et légendes font appel à l’inconscient collectif pour aider à la connaissance, à la réalisation de soi, de son destin. Le conte nous incite par identification, à suivre une quête initiatique conduisant à notre Moi ; car le héro ou l’héroïne ne sont autre que nous même en quête d’absolu, d’unité.
Les contes sont des pistes qui mènent chacun au plus profond de soi ; les mots sont des clefs ouvrant même les portes que l’on croyait fermée pour toujours.
Ils réveillent ce que nous pensions avoir occulté, domestiqué mais que nous désirons toujours car faisant parti de l’archétype sauvage. C’est si vrai que cela nous ramène à nous et nous incite à quitter nos rêveries, notre oublie de nos vrais buts, de nos véritables amours, de nos créations, de notre réalisation car il n’est jamais trop tard. Si le conte nous touche, c’est qu’il prend le chemin de l’âme, chemin dont nous avons quelques réminiscences mais surtout beaucoup de nostalgie. Ce sont de prodigieux déclencheurs qui remettent en marche notre vie intérieure. S’ils ouvrent des portes ; ce sont aussi des remèdes de l’âme : ils pansent des plaies, les cicatrisent.
Dans le conte, comme dans la vie, le héro ou l’héroïne n’a rien d’un personnage puissant. Il est au contraire faible, en mauvaise posture pourtant on lui assigne une mission hors du commun. Il nous indique ainsi que si l’on se met en route, une force, une intuition mais aussi des « hasards » apparaissent ; ouvrant des possibles insoupçonnés au départ.
La seule nécessite pour que la magie opère, c’est de se mettre en quête, de relever le défi : donc d’y adhérer entièrement, d’y croire de toute notre âme.
Dans le conte, comme en ce qui nous concerne, ces obstacles sont des épreuves ayant leur raison d’être : pour raffermir notre volonté, nous servir de tremplin ou simplement nous faire développer les aptitudes nécessaires à notre succès donc pour servir notre évolution. La route du héro, la nôtre, celle du Soit est exigeante. Elle pousse à réaliser l’ultime accomplissement : retrouver son unité originelle celle du Moi manifeste et celle du Moi à manifester : ce que de tout temps nous enseignent les sages et les mystiques…
La princesse endormie est notre âme prisonnière, le prince : cette partie de nous qui se met en marche pour la libérer.
Leur union ainsi que leur bonheur représentent cette quête, cette nostalgie d’un paradis perdu mais pas inaccessible… |