Notre corps est le support nécessaire : la maison de l’âme. Celle-ci expérimente et réalise ses desseins à travers lui ; mais ce n’est qu’en développant, en raffinant nos sens que nous entendons son chant, prenons conscience de ses chuchotements et seulement alors habitons nous réellement notre corps.

S’il a son langage, celui de la main plus encore a le sien ; lui non plus ne ment jamais. Toute civilisation a utilisé un code gestuel plus ou moins élaboré : partout on retrouve un langage des mains.

L’homme moderne perd de plus en plus l’usage de ses mains par la mécanisation. S’il est agréable de se soustraire aux taches pénibles, il est grave par contre de constater que nos mains n’ont plus rien à faire ou ne savent plus rien faire !

Nos corps ont perdu la grâce, la fluidité la spontanéité du mouvement de la nature sauvage vraie.

Nos mains, de nos jours, ne sont plus qu’associées au cerveau au lieu d’être également connectées au cœur comme dans les anciennes civilisations.

Moins calleuses, plus douces, nos mains, cependant, ont perdu en sensibilité mais aussi en intelligence : la main des anciens voyait, comprenait, ressentait la matière, la vie en l’objet.

En hébreu, yad : signifie la main auquel s’ajoute ayin : l’œil pour donner yada qui signifie : « je connais » mais aussi « j’aime ». Dérivant de ces racines, nous rencontrons en français les verbes : apprendre, comprendre et s’éprendre…

De plus, en psychanalyse, la main apparaissant dans les rêves est l’équivalent de l’œil.

La main est symbole masculin et féminin à la fois ; elle les relie : active, elle tient, agit ; par contre ouverte, elle est contenant, réceptacle.

Outil, elle sert, prolonge le cerveau mais exprime aussi les sentiments par la caresse, les signes de tendresse autant que par les gestes de la haine et de violence.

C’est la main qui permet d’entrer en contact avec le réel ; qui nous relie à l’univers. La pensée a besoin de la main pour transposer les symboles, matérialiser l’idée. Dans notre monde moderne, au nom de la rentabilité, nos mains perdent de leur habileté ; n’expriment plus rien par leur travail, mais surtout ne transmettent plus d’âme, n’insufflent plus l’esprit à l’objet : elles n’ont plus lieu d’être…

Ne travaillant plus de ses mains, comment mettre du cœur à l’ouvrage si c’est la machine qui produit ?Aussi l’homme moderne perd le sens du travail, ainsi que l’amour de l’objet qui n’a plus d’âme.

L’homme qui ne sait plus le geste, perde son instinct, sa liberté dans le monde extérieur ainsi que ce qui le relie à son monde intérieur : la psyché où l’âme s’exprime par la main autant si non plus que par la parole car le corps lui est plus proche et plus fidèle. D’où l’importance de raffiner nos sens, notre conscience du corps, afin de l’habiter à nouveau pour reprendre vraiment contact avec nous même ; pour renouer avec le vivant. Les anciens voyaient le sacré dans les travaux manuels ce que l’on retrouve dans les contes et que j’aime raconter.

Mais j’aime par-dessus tout la main parce que tout passe par elle : le meilleur comme le pire ; l’amour comme la guerre ; elle permet les plus belles créations comme les plus terribles destructions. Elle exprime tout ce que nous sommes et relie : notre monde extérieur à notre monde intérieur ainsi que tout homme et toute femme toutes races confondues et cela au fils du temps…

 
 
 
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